Qu’est-ce qu’un yayla ?


JPEG - 538.1 ko

Les deux lieux dont il est principalement parlé ici sont situés au-dessus de 1000m., dans l’arrière-pays lycien.

JPEG - 49.5 ko
Les yayla de Çameli (=”pays des pins”), avec l’étagement caractéristique des végétations : pins autour de 1000m., genévriers plus haut (photo G. Andres)



JPEG - 48.6 ko
En hiver


La Turquie est un pays de plateaux, au climat continental. Dans la conscience de la plupart des habitants du pays, l’espace se divise en deux “territoires” : yayla, pâturage d’été, et kışlak, patûrage d’hiver. Le temps également se partage entre deux saisons : de début mai à début novembre, l’été pastoral (yay, d’où yaylak), et à partir de novembre, kış, l’hiver (d’où kışlak). C’est du reste une constante de toutes les cultures turks, — par exemple, en Asie centrale, kışlak signifie “village”, le lieu de la sédentarité hivernale. Le yayla représente un espace ouvert, en altitude, très fortement idéalisé pour ses eaux fraîches, son air pur, etc.

Si nous portons notre regard sur l’histoire de la Turquie, depuis l’arrivée des premiers peuples nomades des steppes, — dits “turkmènes”, “turcomans”, — à travers le prisme de la géographie, elle peut nous apparaître comme un long processus de sédentarisation : les Ottomans eux-mêmes n’étaient à l’origine qu’un groupe de nomades comme tant d’autres, poussant leurs troupeaux à travers l’Anatolie. Ces nomades, qui constituaient une puissante machine de guerre, étaient habiles à s’approprier les structures des états sédentaires, jusqu’à conquérir Constantinople en 1453, et transformer l’empire byzantin, réduit à peu de chose, en empire ottoman. Par la suite, les anciens nomades devenus puissance impériale se sont toujours efforcés à la fois d’utiliser cette machine de guerre nomade à son profit, et de la réduire en favorisant sa sédentarisation, car elle restait incontrôlable. Par conséquent, ceux qui ont résisté le plus longtemps à la politique de sédentarisation virent l’espace habitable se restreindre, au point qu’il ne leur restât plus que leurs pâturages d’été pour se fixer : les basses-terres, les plaines côtières étaient occupées depuis longtemps.

Les lieux que je présente ici avec leurs musiques sont des yayla peuplés par des “yörük”(= “qui marchent”), à savoir des nomades récemment fixés sur leurs anciens campements d’été. Les maisons “en dur” ont remplacé les anciens abris de bergers. Les hivers sont longs et rudes, les hommes se sont reconvertis de la vie pastorale à une agriculture de subsistance. Cette relative autarcie a également permis aux singularités culturelles, en particulier à la musique, de se perpétuer.